Bijou délicat en bois sculpté en noyer et nacre, porté par une femme vêtue d'un pull blanc

Ce que le bois m’apprend

Année après année, de sculptures en sculptures, de bijoux en bijoux, j’apprends lentement — ou plutôt, mes mains apprennent. Des premières coupures, jamais bien graves, au geste plus sûr, du premier couteau encore mal aiguisé à la gouge ancienne passée entre de multiples mains, de la première branche ramassée dans la forêt à la plaquette de bois noble récupérée auprès d’un confrère artisan… La matière première, le bois de mes bijoux, m’a déjà appris beaucoup. 

Il m’a appris que le travail réside parfois seulement au bout des doigts, mais qu’il nécessite un geste précis, maîtrisé. Il m’a appris qu’en un geste, des heures de travail peuvent être anéanties. Et qu’en quelques gestes de plus, ce que l’on croyait être un travail gâché peut redevenir une œuvre, si l’on sait rattraper la matière et le dessin. Il m’a appris la résilience, l’acceptation de l’imperfection, même si j’ai encore beaucoup à apprendre.

Il m’a appris que sa fibre est caractérielle et fait parfois ce qu’elle veut, sans suivre notre volonté, et que l’on ne peut pas la forcer à quoi que ce soit sans provoquer une rupture brutale. La fibre du bois nous force à réfléchir, à allier le design à la matière. C’est presque un travail d’équipe, où la matière joue le rôle de décideur : le dessin s’adapte, joue autour du bois et avec ses reliefs, ses défauts.

Il m’a appris la beauté de la fabrication artisanale, le fait de créer de ses mains.

Il m’a appris la beauté de la fabrication artisanale, le fait de créer de ses mains, la satisfaction de voir le brut devenir satiné, le rugueux devenir lisse et doux, la poussière révéler un bois magnifié par de longues étapes de ponçage, la sciure dévoiler la forme finale de la matière après des heures de sculpture au couteau et à la gouge…

Il m’a appris la persévérance et l’obstination face aux échecs des débuts, la difficulté de trouver les bons ingrédients, les matières les plus respectueuses pour chacune des étapes de fabrication de bijoux en bois. Il m’a appris le plaisir de la recherche infinie, de la découverte d’autres techniques, de l’apprentissage et de la rencontre.

 

Bijoux en bois sculpté en forme de goutte et rappelant les ogives des cathédrales, les vitraux. Au centre se trouve une pierre noire en bois fossilisé.

Il m’a appris à ralentir, à prendre le temps de faire, comme il a lui-même pris le temps de grandir, cerne après cerne, saison après saison. Car certaines choses ne peuvent, et ne doivent pas, être accélérées sans perdre leur sens, leur beauté. Le rapport au temps en artisanat évolue, d’autant plus avec des outils manuels et une matière comme le bois ; lorsque vous achetez un bijou en bois, vous achetez aussi une œuvre imprégnée de ce temps, chargée d’heures de fabrication. Oui, le bois m’a appris la valeur de la fabrication artisanale et à voir autrement les objets faits à la main : il m’a appris à respecter le temps, mais aussi la valeur du geste, du savoir-faire et de l’expérience qui ne cesse de grandir.

Et je crois que le bois a encore beaucoup à m’apprendre.

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